
SportPro.ma publie ici une contribution du Professeur Hassan Aït Hammou qui nous apporte son regard sociologique sur le football au féminin.
Longtemps dominé par la gente masculine, le football est resté associé à une certaine image de virilité. "On donne plus facilement un ballon à un garçon qu’à une fille″, affirme l’écrivaine française Pauline Londex.
Aujourd’hui, le football féminin connait une véritable révolution dans le monde entier. Plus de 700000 spectateurs ont assisté aux matchs de la Coupe d’Europe en Suisse au moment où le stade Olympique de Rabat, flambant neuf, affichait complet lors des rencontres de la Sélection féminine du Maroc à l’occasion de la Coupe d’Afrique féminine 2024 organisée récemment dans le Royaume.
Le football masculin, dont la professionnalisation à la fois cause et conséquence de son développement exponentiel, accéléré par le rôle des médias et de la publicité, et prenant du coup des dimensions extra-sportives, a d’abord un enjeu économique. On assiste ces dernières années à une ruée sans précédent des stars du ballon rond d’Europe vers les pays du Golf pour et à cause de l’argent.
Dans le même temps, le football féminin, bien qu’il ait été professionnalisé en Europe, reste marqué, dans le reste du monde dont l’Afrique, par l’amateurisme ce qui constitue un frein à son développement. P. Londex parle d’un retard culturel plutôt que sportif ou économique.
En effet, la qualité du football produit par les filles ne dépend pas uniquement de leur physique, mais elle est tributaire de la pratique de ce sport sur le mode féminin qui reste liée à l’idée de plaisir et à l’émancipation de la femme, d’une manière générale. On joue d’abord pour le plaisir de jouer, mais aussi pour s’exprimer par le jeu.
Le concept est différent chez les hommes où les contraintes liées aux conditions du transfert font que le joueur est d’abord appelé à remplir une ‟mission” bien précise qui s’inscrit dans la stratégie du club ôte. « Les tout jeunes joueurs ne rêvent que devenir footballeurs professionnels, alors que beaucoup de filles voudraient tout simplement jouer pour s’amuser avec leurs copines et leurs copains ».
Or, le plaisir de jouer au ballon pourrait être lié, d’une part, à la représentation qu’ont les femmes de ce sport, et de l’autre, au caractère féminin et à une façon d’être de la femme en société. Il est donc difficile de comparer les deux modes de pratique du ballon rond.
Le football féminin a ses propres caractéristiques ; il génère un certain nombre de valeurs propres au genre féminin. On dirait plus au moins, la même chose concernant les autres sports, tels que le handball, la boxe ou encore l’athlétisme. Aussi, plutôt que de parler en termes de comparaisons, serait-il plus approprié de parler de caractéristiques propres à chacun des deux modes. D’une part, on reproche souvent aux filles leur lenteur dans le jeu, contrairement au foot masculin marqué par la rapidité dans l’exécution du geste et l’intensité du rythme.
Mais, le football féminin, bien qu’il soit techniquement moins développé que celui pratiqué par les garçons, il se caractérise par le jeu collectif, recourant aux passes courtes et aux feintes et limitant au maximum l’engagement physique. Les joueuses font preuve d’une discipline tactique rivalisant avec le foot masculin notamment au plus haut niveau tel que la Coupe du monde.
On a donc affaire à un football simple, pur, authentique, bien que moins développé voire même naïf par certains aspects.
Hassan Aït Hammou
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