
Au lendemain de la menace de boycott des Coupes du monde par l’UEFA, la contestation du projet de la Fifa d’ouverture aux investisseurs privés s’est élargie vendredi avec l’opposition affirmée par la Confédération asiatique (AFC) et la démission du conseiller principal du président Gianni Infantino, Carlos Cordeiro.
Cet ancien banquier a estimé que « vendre une participation permanente dans l’actif le plus précieux du football pour lever 4,2 milliards de dollars n’avait guère de sens ». « C’est hypothéquer l’avenir du football sans justification convaincante ».
L’AFC a apporté son soutien aux positions de l’UEFA et de la Concacaf, estimant que le projet de la Fifa Forward Enterprise (FFE) – une société ouverte aux investisseurs privés qui serait chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance mondiale du football – « ne pouvait parvenir au large consensus et à l’unité nécessaires pour aller de l’avant ».
La confédération de 47 membres, dont 46 sont affiliées à la Fifa, a en outre appelé à procéder « d’urgence » à une révision du cadre de gouvernance de l’instance mondiale du football.
Présenté mardi à la surprise générale, le plan de la Fifa, qui vise à porter à 10 milliards de dollars le financement du développement du football dans les quatre prochaines années, a été depuis très largement critiqué à la fois sur le fond et sur la forme.
La très puissante UEFA, qui réunit 55 fédérations européennes et compte sept des dix derniers champions du monde, est allée jusqu’à menacer jeudi « à l’unanimité » de ne pas participer aux prochaines compétitions de la Fifa, y compris la Coupe du monde, si celle-ci ne renonçait pas à son projet.
La Concacaf, composée de 41 fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a quant à elle « rejeté la proposition ». Les confédérations africaines et océaniennes se sont montrées moins critiques, appelant leurs associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet.
Le nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham, voyant dans le projet de la FFE « une proposition scandaleuse », a estimé que M. Infantino était « la mauvaise personne pour diriger » le football mondial.
– « divisions sans précédent » –
Soumise à une pression considérable, la Fifa s’est efforcée de rassurer vendredi matin: « personne n’est en train de vendre le football. C’est quelque chose que la Fifa n’envisagerait jamais », a-t-elle assuré dans un communiqué.
« Nous respectons les retours et les inquiétudes rendues publiques et nous réaffirmons notre engagement à organiser une consultation ouverte et démocratique » afin que chaque fédération « puisse se prononcer sur la base de faits avérés », a poursuivi la Fifa tout en déplorant « des informations inexactes diffusées dans les médias ».
Si la FFE est créée, des investisseurs privés pourront en posséder des parts, mais ils resteront minoritaires à hauteur d’environ 20%, a promis l’instance, qui veut lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de la future entreprise évaluée à 20 milliards de dollars.
Parmi les potentiels investisseurs, les critiques ont relevé la participation du fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump, alors que le président de la Fifa Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain avant et pendant le Mondial-2026.
– « forme de chantage » –
La Fifa assure qu’elle conservera le contrôle exclusif de la FFE ainsi que « l’autorité exclusive » sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires…
Si le projet voit le jour, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa pourrait recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et verra passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars.
« C’est une forme de chantage », a souligné vendredi la présidente de la Fédération norvégienne Lise Klaveness, estimant que la Fifa « n’avait pas besoin de cet argent ».
Gianni Infantino insistait lui mercredi sur « l’occasion en or de dynamiser le développement du sport à l’échelle mondiale » que représente son projet, estimant qu »‘une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revenait aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin ».
La Fifa ne lancera ce projet « que si la majorité des associations décide de le soutenir » et les fédérations membres ont jusqu’au 19 septembre pour se prononcer, selon une lettre d’Infantino aux 211 fédérations révélée par plusieurs médias, ce que l’UEFA a dénoncé comme étant « un ultimatum » et de la « gouvernance par la peur ».
Ce calendrier très court s’explique aussi par les échéances électorales à venir pour Gianni Infantino, en course pour sa réélection au mois de mars 2027. Un scrutin dont il est pour l’instant le seul candidat déclaré.
KD avec AFP
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